Après mûr réflexion, Mick décida avec regret de se relever et de se diriger vers les deux hommes, la tête légèrement baissée. Chaque pas semblait réveiller en lui une nouvelle vague de nausée et de douleur. Se trouvant maintenant un peu plus près, il tenta de relever la tête afin de les fixer, cependant ce simple mouvement lui rappela la bosse douloureuse au bas de sa nuque. Par réflexe, il baissa aussitôt sa tête, mais ne manqua pas de voir l'un des gardes attrapé le bras de son collègue et faire un pas en arrière. Confus, Mick inclina légèrement la tête pour voir ce qu'ils faisaient.
Celui qui avait reculer était devenu aussi blanc qu'un drap qui n'avait jamais servit; sa main serrait l'autre de la même manière qu'un aigle serrait ses griffes sur une branche, empêchant le sang d'atteindre ses phalanges. L'autre homme tourna la tête vers son collègue apparemment effrayé, puis reporta son regard sur le jeune homme. Il ne lui fit pas beaucoup de temps pour qu'une expression choquée apparaissent sur son visage et cherché à tàtons la poignée de son épée.
- Fichtre et foutre, murmura t-il, le souffle coupé et la voix rauque de terreur. Dans quel bordel on s'est foutu.
La sueur avait aussi commencé à dégouliner de son corps.
- C'est lui, s'écria t-il d'une voix si élevée que l'on pouvait se demander si c'était le cri d'une femme ou d'un homme.
Hébété, Mick surnommé les doigts vifs par ses confrères voleurs, les observa tout deux. L'expression qu'il arborait lui fit se retourner pour voir si le dieu de la souffrance Ichyssius en personne ou quelque autre créature de l'enfer n'était pas apparu derrière lui. Quel ne fut pas sa surprise, lorsqu'il remarqua que la ruelle n'était pleine que d'un tas d'ordure fétides à souhait. Un bruit d'acier sortant d'un fourreau en cuir le fit immédiatement se retourner. Les deux gardes avait reculer d'un pas et tenaient leurs épées d'une main tremblante. Le jour n'allait pas tarder à pointer le bout de son nez, et les faibles lueurs d'une levée matinale semblèrent se figer sur eux.
- Tomas, je ... commença l'un des garde, mais l'autre l'arrêta d'un geste. Une respiration pénible se faisait entendre, alors que le temps semblait se ralentir tandis que les yeux de Mick allait de l'un à l'autre.
C'est dans ses moments que l'on se dit que l'on aurait mieux fait de rester tranquillement chez soi. Se dit Mick.
Passant du geste à la parole, l'un des gardes cria et il passèrent à l'attaque.
- Pour Everhope!
Pour Mick, le temps était toujours au ralenti, et les douleurs qu'il éprouvait il y a peu, semblait s'atténuer.
D'un mouvement, il s'écarta et commença à agir par instinct. Ces hommes veulent ma mort. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne leur laisseraient pas ce plaisir! . En un éclair, son enfance passé dans le monastère de Tibanesh, en compagnie de ces célèbres moines réputés, autant pour leurs capacités à se battre sans armes, que pour les quelques " tours " qu'ils connaissaient, lui fit comme un flash. Certains disaient qu'ils utilisaient la magie, mais les experts en la matière disaient que cela n'avait rien à voir, mais que c'était plus une sorte de communion avec les esprits ou les dieux.
Mick n'y avait pas passé beaucoup de temps avant de s'enfuir et se vivre une vie de voleur, réputé pour être parmi les meilleurs. Et maintenant face à deux gardes, des souvenirs refaisaient surface. Des symboles traversèrent son esprit confus et se transformèrent en gestes fluides. Une sorte de hurlement se fit entendre et pendant un instant, un rayonnement de lumière l'entoura. Terrifiés, les deux hommes s'arrêtèrent un instant, puis repartirent à l'attaque. Déchaîné par une soudaine puissance, Mick alla à la rencontre de leur épées avec rien d'autre que ses mains nues. Un coup arriva vers sa jambe, mais ne rencontra que le vide. Sa jambe avait esquivé le coup et profité pour s'aplatir sur la hanche de celui qui l'avait visé. Ce dernier en perdit le souffle un moment malgré l'amure qu'il arborait. L'autre garde en profita pour frapper son épaule, mais l'éclat crépitant d'énergie renvoyé en réponse lui fit lancer un cri, les yeux écarquillés.
Tomas remit du précédent coup et voyant son collègue en mauvaise posture, poussa un rugissement. Frappant avec force son front recouvert d'un heaume sur le nez de Mick, ce dernier recula et trébucha dans les ordures. Voyant une ouverture, l'autre se lança avec son épée. Le coup l'effleura de justesse. Un ensemble de schémas lui vinrent en mémoire, suivit d'une faible lumière blanche qui l'entoura. Ses blessures se refermèrent sans qu'il ne perdre de sang sous les yeux des deux gardes.
On pouvait y lire de la terreur. Désespéré, l'autre garde porta un coup, mais Mick fit un pas en arrière laissant l'épée frapper le vide devant lui. Le deuxième garde, Tomas, avait porté un coup en même temps et surprit Mick en le blessant superficiellement à la jambe. Un autre ensemble de schémas lui vinrent en mémoire, et il se retrouva avec une vitesse décuplé. En un moment, il se retrouva derrière Tomas, lui prenant la tête entre ses mains et lui brisa la nuque. Il s'effondra sans un cri. L'autre garde ouvrit ses yeux encore plus terrifié que jamais. Mick le regarda. Prenant son courage à deux mains, ce dernier l'attaqua. L'instant d'après son épée toucha le sol avec un tintement recouvrant le silence soudain. Il regarda sa poitrine et y découvrit l'épée de son collègue qui traversait sa poitrine. Mick le regarda s'effondrer, laissant le tourbillon de puissance diminuer. Son état semblait faillir à nouveau. Sans l'influence de cette puissance, la gueule de bois et les autres maux et blessure revenaient. Il jeta un coup d'oeil aux corps, en se demandant comment il avait fait pour se souvenir de runes aussi complexe qu'on avait tenter de lui faire apprendre durant son séjour au monastère. Il n'avait jamais réussi à retenir leur leçons et avait décidé un soir de s'enfuir, lasse de leurs enseignements. Orphelins de naissance, il avait été accueilli parmi eux mais leur règles strictes, pesait et il avait envie de vivre sa vie hors des murs de leurs enceintes. Il reporta son regard à nouveau sur les gardes. Il ne se souvenait pas avoir déjà tués des personnes, que ce soit pour le simple plaisir de le faire ou non, même si sa mémoire lui faisait défaut, et que l'utilisation de cette puissance ne faisait qu'augmenter sa confusion. Mais alors, pourquoi ces hommes m'ont-ils attaqué et craint?
S'agenouillant auprès d'un cadavre, il remarqua un anneau de mariage et fut attristé par ce que la mort de ce pauvre garde causera comme douleur. Avec un sentiment de culpabilité, Mick se mit à fouiller le mort. Il était réputé pour être un des meilleurs voleurs, mais jamais, ho non jamais, il n'avait pensé tué quelqu'un ou détroussé un cadavre. Il avait la juste l'intention de prendre juste ce dont il avait besoin pour mangé et remettre son estomac d'aplomb. Ayant trouvé quelques pièces, il chercha encore plus, lorsque ses doigts touchèrent un parchemin plié qu'il retira aussitôt. Il mit les pièces dans ses poches et déplia le parchemin.
Pendant un moment, la seule chose qu'il ressentit fut ses battements de coeur frappant sa poitrine comme si elle voulait en sortir. Sa respiration semblait vouloir s'arrêter. Le morceau de papier entre ses mains était sa propre image avec l'offre d'une somme considérable pour sa mort, beaucoup plus qu'il n'en avait vu dans toute sa vie. Sa tête était mise à prix.
Titubant, Mick tenta de s'éloigner des deux corps, tout en essayant d'y voir plus clair, de réfléchir et de raisonner. Il était paralysé par la crainte, et se sentait étrange, comme s'il n'était plus lui même. Une seule chose lui revint à l'esprit, un vieil homme qui était venu lui rendre visite dans la soirée avant sa cuvée. Il semblait parler d'une sorte de prophétie et l'avait prit pour un fou sur le moment. Cependant il avait oublié ce qu'il s'était passé ensuite et maintenant il était recherché. Ou donc le vieux lui avait-il dit de le rejoindre si il changeait d'avis? Il fallait qu'il s'en souvienne. Pour le moment, il était temps pour lui de quitter la ville.
Tifet
jeu 21 sep 2006 17:22